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On pense à tort qu’Agadir est une ville sans Histoire, parce qu’elle est très moderne, un peu rectiligne et qu’elle a été totalement reconstruite suite au tremblement de terre de 1960. C’est méconnaître la ville et les environs, la magnifique région du Souss. Mais aussi c’est mal connaitre sa Casbah, sa Forteresse, celle que vous voyez illuminée la nuit et qui surplombe la ville, vestige de l’histoire d’Agadir ; symbole de la capacité du peuple Gadiri de se reconstruire en conservant son patrimoine. On vous propose l’histoire d’Agadir selon celle de la Casbah.

Le nom de la ville Agadir provient d’un mot amazigh d’origine phénicienne signifiant « Grenier collectif ou village fortifié ». La région du Souss est en effet pleine d’agadirs, ces greniers fortifiés que les villageois construisaient dans le but de ne pas être pillés lors des invasions.

On sait très peu de choses sur Agadir avant le XIIe siècle. La plus ancienne attestation que l’on trouve à propos d’Agadir apparaît sur une carte de 1325 : à l’emplacement approximatif de la ville actuelle, l’indication d’un lieu nommé Porto Mesegina, d’après le nom d’une tribu berbère déjà citée au XIIe siècle, les Mesguina, c’est-à-dire les Ksima. Cela aurait été des pêcheurs qui se seraient installés sur un site pourvu d’une rade et qu’ils aménagèrent en grenier fortifié, d’où le nom ; Agadir.

 

Avant la Casbah ; le comptoir portugais

Au début du XVIe siècle, les Portugais y fondent un comptoir et une forteresse. Les activités de pêche vont rapidement prospérer et donneront naissance à un village de pêcheurs. En 1513, l’isolement et l’insécurité poussent João Lopes de Segueira (à la tête des Portugais à leur arrivée) à céder son installation à Manuel 1er, roi du Portugal. Ce dernier agrandira le port, y installera une garnison et soumettra la région à l’autorité portugaise. Santa Cruz de cap de Gué (Do Cabo de Ager en portugais), en l’honneur de la petite église de la cité portugaise, devient alors un comptoir commercial actif par où transitent de nombreux produits du sud marocain et du Soudan fréquentés par des négociants européens de toutes nationalités.

Mais comme tout au long de son histoire, Agadir est déjà convoitée par des ethnies et tribus qui veulent la récupérer des mains des Portugais. En 1541, le Chérif Saadien Mohammed ech Cheikh s’empare de la forteresse de Santa Cruz de Aguer (et de la fille du gouverneur portugais). Ceci participera au retrait des Portugais sur le territoire marocain qui perdirent ensuite Safi et Azzemour.

 

Le Prestige de la Dynastie Saadienne et la naissance de la Casbah

Trente ans plus tard, le fils de Mohammed ech Cheikh ; Moulay Abdallah el- Ghalib, va édifier la Casbah, qui domine encore l’océan, afin d’éviter le retour des Portugais.

Pendant le règne des Saadiens, Agadir et sa région prospèrent. Le Souss devient le royaume privilégié des Saadiens qui développent la culture de la canne à sucre (plante venue d’Orient) dans la région de Taroudant, la capitale, et Chichaoua. Le sucre est une denrée très recherchée dans les échanges commerciaux qu’Espagnols, Français, Hollandais et surtout Anglais viennent chercher à Agadir (de même que l’or venu du Soudan). Agadir devient alors un passage obligé des caravanes vers Tombouctou.
Au XVIIe siècle, sous le règne de la dynastie berbère du Tazeroualt, Agadir devient une rade d’une certaine importance, développant les échanges avec l’Europe. Il n’existe alors encore pas de port à proprement parler, toutefois ; d’Agadir partent, entres autres, le sucre, la cire, le cuivre, les cuirs et les peaux pour les autres continents.  Les Européens amènent leurs produits manufacturés, notamment des armes et des tissus. Sous le règne du sultan Moulay Ismail et de ses successeurs, les échanges avec la France, jusque-là actif partenaire, régressent au profit des Anglais et des Hollandais.

 

Le déclin et la première destruction de la Casbah

En 1731, peu de gens le savent mais c’est d’abord un tremblement de terre qui annoncera le déclin d’Agadir. Les Hollandais viennent probablement pour participer à la restauration de la ville et installent un comptoir au pied de la Casbah, sous l’autorité du sultan. Au-dessus de la porte d’entrée de la Casbah, on peut encore voir l’inscription hollandaise qui date de cette époque, avec sa transcription en arabe, « Vreest God ende eert den Kooning », qui signifie « Crains Dieu et honore ton roi », et la date 1746. Avec l’avènement de la dynastie alaouite, ce déclin devient dramatique, particulièrement en 1760 où commence une longue période de léthargie. En effet, pour punir les tribus insoumises du sud, le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah transfère les activités portuaires à Mogador (actuelle Essaouira). Agadir est alors ruinée et le Souss entier tombe dans l’anarchie la plus totale. Ce déclin durera un siècle et demi.

 

Le protectorat

En 1911, L’Empereur Guillaume II, roi de la Prusse, manifeste sa présence sur la rade d’Agadir en y envoyant le navire de guerre le « Panther » sous prétexte de protéger les citoyens allemands d’Agadir. La France s’y oppose et propose un consensus concernant les droits allemands. Après de longs pourparlers, la France abandonne une partie du Congo en faveur de l’Allemagne qui n’exprimera plus d’intérêt impérialiste sur le Maroc.
En 1913, les troupes françaises entrent à Agadir, constituées alors de deux petits noyaux d’habitat : Founti (300 pêcheurs) et la Casbah (400 habitants). Après 1920, pendant le protectorat français, la ville se développe à nouveau ; un port est aménagé et la ville connait un premier essor avec la construction de l’ancien quartier Talborjt situé sur le plateau au pied de la colline. Deux ans après, on commence à reconstruire le côté de Talborjt, le long de la faille géologique de l’oued Tildi, le quartier de Yahchech, plus populaire.  Dans les années 30, le bourg d’Agadir est promu au rang de Municipalité et le premier plan d’aménagement de la ville est engagé et approuvé. Étape pour l’«Aéropostale», Saint Exupéry et J Mermoz y font escale avant la traversée de l’Atlantique. Un centre- ville moderne s’érige peu à peu sur un tracé de fer à cheval s’appuyant sur le front de mer autour d’une grande avenue perpendiculaire à ce front de mer, l’avenue Lyautey devenue aujourd’hui avenue du Général Kettani. Ce développement urbain se développera jusqu’en 1950 et à cette même date, s’ouvre le nouveau port amorçant une époque de dynamisme économique avec les conserveries, la pêche et peu à peu le tourisme. Les grands prix automobiles dès 1952 consacrent la ville comme une destination de luxe. Dès 1959, des yachts comme celui d’Aristote Onassis s’y arrêtent.

 

29 Février 1960 et après…

Le 29 février 1960, un tremblement de terre dévaste Agadir. D’une magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter, il fait plus de 15 000 morts et détruit toute la partie ancienne de la ville. La belle casbah sur son piédestal, celle qui n’avait pas été vaincue par les hommes, le fut par la nature. Dans les quartiers de Founti, Yachech et de la Kasbah, tous les bâtiments furent détruits ou sévèrement endommagés, 95 % de la population de ces zones fut ensevelie. Dans le quartier de Talborjt, entre 60 % et 90 % des bâtiments furent détruits ou gravement endommagés, la ville nouvelle et le front de mer furent relativement épargnés. Mais la forteresse, la Casbah, devenue un symbole ne pouvait rester en ruines, les fortifications furent reconstruites sur leurs anciennes marques et seule la porte d’entrée fut conservée à l’authentique. Reconstruite 2 km plus au sud, sous la conduite des architectes  Jean François Zevaco , Élie Azagury, Claude Verdugo et Pierre Coldefy , la ville telle que nous la connaissons aujourd’hui est devenue une ville importante avec 500 000 habitants en 2004. Dans les années 80, Agadir est le plus grand port sardinier au monde ; ses conserveries sont aussi réputées et on y exporte diverses sortes de poisson. Son port est grand et comprend quatre bassins, dont un port de pêche, un port de commerce et un port de plaisance avec une magnifique marina qui l’encercle. Ses 10 km de plage et ses magnifiques promenades la rendent exceptionnelle. Elle se bat longtemps d’ailleurs avec Marrakech, sa rivale pour la place de première ville touristique du Royaume.